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"Je reviendrai !" La danse contemporaine au cœur du dialogue entre amateurs et professionnels au Luxembourg

Dernière mise à jour
04.02.26
Baptiste Hilbert
Baptiste Hilbert

Rencontres, masterclasses, spectacles inclusifs et créations européennes — découvrez comment la Plate-Forme AWA 2026 s’impose comme un festival clé de la danse contemporaine au Luxembourg et ouvre ses portes à tous les publics.

©Jonathan Couvent

©Jonathan Couvent

Pouvez-vous présenter Plate-Forme AWA en quelques mots : sa mission, sa vision, et ce qui la rend unique au Luxembourg ?

La Plate-Forme AWA est un rendez-vous incontournable de la danse contemporaine, pensé comme un espace de rencontre et de partage entre amateurs et professionnels. Ancrée sur le territoire, elle tisse des passerelles grâce à des collaborations fortes avec le CND Luxembourg et le TROIS C-L / Maison pour la danse autour de workshops et masterclass, ainsi qu’avec le Kinneksbond et encore le TROIS C-L / Maison pour la danse pour une programmation de spectacles exigeante et ouverte à tous.

Qu’est-ce qui a motivé la création de ce festival, et comment a-t-il évolué depuis la 1ère édition ?

Née en 2018 d’un constat simple mais essentiel — le manque de passerelles entre les milieux amateurs et professionnels de la danse au Luxembourg — la Plate-Forme AWA s’est construite comme un espace de rencontre, de transmission et de transformation par le mouvement. Dès ses débuts, AWA a affirmé une conviction forte : la danse n’est pas réservée à quelques-uns, elle est un langage universel capable de créer du lien, d’émanciper et de renforcer les dynamiques collectives.

Au fil des éditions, la Plate-Forme AWA n’a cessé d’évoluer, repensant sans cesse ses formats pour élargir son impact et toucher des publics toujours plus divers. D’une première édition centrée sur une semaine de workshops et de masterclasses, accompagnée d’une soirée de spectacles réunissant amateurs et professionnels, le projet a grandi pour devenir, en 2024 puis en 2026, un festival de deux semaines.

TALES TO DISTURB by Laura Daelemans
Photo ©Franco Wang

Aujourd’hui, AWA est un temps fort dédié à la danse contemporaine au Luxembourg, mêlant workshops, masterclasses, tables rondes et une programmation artistique profondément inclusive. Sur scène comme dans les studios, les corps se rencontrent : enfants, adultes, personnes âgées, artistes émergents ou confirmés, publics à besoins spécifiques. Ensemble, ils partagent une expérience du mouvement qui dépasse la performance pour devenir un acte de participation, de visibilité et de dialogue.

À travers cette évolution, la Plate-Forme AWA affirme son engagement en faveur d’une danse ouverte, accessible et ancrée dans la société, tout en contribuant activement au rayonnement et au dynamisme de la scène chorégraphique contemporaine luxembourgeoise.

Quel est le fil conducteur artistique de l’édition 2026 ? Y a-t-il un thème, une intention, une question centrale ?

Cette édition confirme le choix d’un format élargi sur deux semaines, déjà expérimenté avec succès lors de l’édition 2024.

Il n’y a pas de thème imposé, mais la programmation met en avant des créations qui parlent de notre monde actuel, vues à travers le regard de jeunes artistes européens et européennes. Leurs œuvres abordent, chacune à leur manière, les questions et les réalités qui traversent notre société aujourd’hui.

Grâce à cette sélection volontairement ouverte, nous souhaitons permettre au public, comme aux participant·e·s des différentes activités, de découvrir une image large et vivante de la danse contemporaine telle qu’elle se crée et se partage aujourd’hui.

Comment sélectionnez-vous les spectacles/compagnies invités ? Quels critères sont les plus importants pour vous ?

À chaque édition, le festival s’attache, dans la mesure du possible, à explorer la diversité des visions de la création en Europe. Dans un monde ultra-connecté et mondialisé, où l’on pourrait supposer une homogénéisation des regards artistiques, nous affirmons au contraire l’existence — et la richesse — de points de vue singuliers, ancrés dans des contextes culturels et esthétiques distincts.

Sur le plan technique, cette démarche implique des formats de création volontairement concis, accompagnés de fiches techniques flexibles. Les soirées de représentation étant partagées entre plusieurs compagnies, cette configuration représente un véritable défi pour les équipes techniques des lieux d’accueil. Nous avons la chance de pouvoir compter sur l’expertise et le savoir-faire du Kinneksbond de Mamer et du TROIS C-L / Maison pour la danse, dont les équipes figurent parmi les plus reconnues dans ce domaine.

Comment décririez-vous la scène de danse contemporaine au Luxembourg aujourd’hui : opportunités, défis, énergie ?

La scène de la danse luxembourgeoise est aujourd’hui en pleine effervescence. Grâce aux efforts constants du TROIS C-L / Maison pour la danse, avec le soutien du Ministère de la Culture ainsi que de Kultur | LX – Arts Council Luxembourg, la danse luxembourgeoise s’impose de manière de plus en plus lisible sur la scène européenne, pourtant extrêmement compétitive.

Les initiatives se multiplient et les tournées internationales des productions luxembourgeoises connaissent une croissance soutenue à chaque saison. Au regard de la situation budgétaire actuelle dans les pays voisins, il est d’autant plus essentiel d’encourager le Luxembourg à poursuivre et renforcer cette dynamique ambitieuse.

Le festival vise à rapprocher amateurs et professionnels. Concrètement, comment cette passerelle se construit-elle dans la programmation ?

À travers l’organisation de masterclasses et de workshops spécifiquement dédiés aux amateurs, qu’ils soient confirmés ou non, ainsi qu’aux danseurs et danseuses de tous âges, notamment les plus jeunes grâce à l’intégration du programme existant Young Movers du TROIS C-L, mais aussi des danseurs et danseuses plus âgés via le programme 55+. Cette démarche se poursuit également par la création d’une pièce originale, cette année en collaboration avec la chorégraphe luxembourgeoise Anne-Mareike Hess et les jeunes danseurs et danseuses de la Junior Company du CND Luxembourg.

Depuis la dernière édition, vous avez renforcé le volet inclusif. Pouvez-vous expliquer ce qu’il comprend et à quels publics il s’adresse ?

Effectivement, depuis l’édition 2024, nous avons intégré un volet plus inclusif à notre événement. Cela se traduit notamment par l’organisation de workshops dédiés aux personnes en situation de handicap, animés par un intervenant spécialisé. Nous bénéficions également de l’implication d’acteurs spécifiques pour toucher ces publics, tels que le réseau MOSAIK ou encore la compagnie de danse Ensemble BlancContact.

‘the horMoans - is that all there is’ (15’) by Beatriz Mira & Tiago Barreiros
Photo by Teatro Viriato

Quels sont les moments “incontournables” de l’édition 2026 (spectacles phares, masterclasses, workshops, nouveautés) ?

La programmation, toujours plus pointilleuse à chaque édition, me pousserait à répondre que les soirées d’ouverture et de clôture seront les moments forts de cette Plate-Forme. Pour les professionnels les masterclass seront aussi animées par des intervenants d'exception, à ne pas rater. 

Quels conseils donneriez-vous à des danseurs (semi-)professionnels vivant au Luxembourg qui souhaitent évoluer vers la danse contemporaine ?

Au-delà de la rigueur et du travail intense que cette voie exige, il ne faut jamais négliger l’aspect relationnel, qui prime dans notre milieu. Savoir créer et entretenir des relations professionnelles saines et diversifiées s’avère indispensable. Il faut également être prêt à accepter que sa situation professionnelle puisse être différente de ce que l’on imagine, souvent comparée aux métiers dits plus « classiques » et largement plébiscités dans notre société occidental. 

Quelles compétences/recommandations sont les plus importantes selon vous pour progresser (technique, improvisation, recherche, préparation physique, mental) ?

La pluralité des compétences d’un·e interprète est, à mon sens, primordiale et constitue son plus grand atout. Il est important de favoriser la diversité des compétences plutôt que la spécialisation exclusive, mais attention : l’un n’empêche pas l’autre. En dehors de cet avis spécifique il est clair que la rigueur du corps et du mental sont des facteurs très importants. 

Y a-t-il au Luxembourg des parcours, écoles, structures ou opportunités que vous recommandez à ceux qui veulent se professionnaliser ?

Le CND Luxembourg joue un rôle déterminant dans la préparation des futurs danseurs et danseuses professionnels luxembourgeois. Grâce à des créations originales, des tournées et un entraînement intensif, le CND offre un environnement stimulant et réaliste pour le développement artistique et technique des jeunes talents.

À mon sens, il constituele meilleur programme pour un danseur ou une danseuse souhaitant poursuivre une formation professionnelle. Cependant, il est important de souligner que la formation professionnelle complète devra malheureusement se poursuivre dans unestructure à l’étranger.

Dans ce contexte, je peux personnellement recommander des institutions réputées telles que leBallet Junior de Genève, ou certaines écoles anglaises commeThe Place à Londresou laNSCD à Leeds, qui offrent un cadre professionnel reconnu pour le perfectionnement des jeunes danseurs.

Vos masterclasses professionnelles : à qui s’adressent-elles et comment s’inscrire ? Quelles conditions/niveaux prérequis ?

Les masterclasses professionnelles sont principalement destinées aux interprètes confirmés, sur sélection individuelle, sur la base de l’envoi d’un CV. Cependant, nous offrons également une certaine flexibilité afin de permettre à de jeunes danseurs et danseuses pré-professionnels d’en bénéficier. Ces sessions leur offrent l’opportunité de renforcer leurs compétences et de découvrir l’exigence de l’entraînement d’un danseur professionnel.

Pour vous inscrire, rendez-vous sur le site du TROIS C-L / Maison pour la danse : www.danse.lu. Dépêchez-vous, les places sont limitées, mais l’inscription est gratuite ce qui est carrément exceptionnels, mais les places partent vites.

Pour quelqu’un qui n’a jamais vu de danse contemporaine : quelle porte d’entrée recommanderiez-vous pour découvrir le festival sans “se sentir intimidé” ?

Les soirées de représentation ont toujours été pensées pour satisfaire le plus grand nombre. MAIS il ne faut jamais oublier, au-delà des gouts propre à tout un chacun, que ce qui importe le plus avant de franchir l’entrée d’un espace de représentation, c’est l’ouverture d’esprit et notre capacité à nous laisser guider par ce qui s’y produira.

Enfin, qu’aimeriez-vous que les spectateurs retiennent après Plate-Forme AWA 2026 ?

Que chaque participant.es repartent de nos événements en se disant : "Je reviendrai !"

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Dernière mise à jour
04.02.26

Auteurs: Alex Mort