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Le Luxembourg a refusé d'acheter une start-up française.

Dernière mise à jour
16.01.26
Atomic energy in Luxembourg

Getty Images

La start-up française Naarea, spécialisée dans le développement de mini-réacteurs de nouvelle génération, est au bord de la liquidation. Seul candidat au rachat de l'entreprise, le groupe polono-luxembourgeois Eneris a annoncé qu'il retirait son offre juste avant que le tribunal de Nanterre ne se prononce sur l'activité économique. Eneris l'a annoncé dans un commentaire à l'AFP, précisant qu'il avait officiellement notifié son refus au tribunal sans en dévoiler les raisons détaillées.

Il s'agit d'un tournant décisif dans le destin de Naarea, qui fait l'objet d'une procédure de redressement judiciaire depuis début septembre. Jusqu'au dernier moment, Eneris restait le seul investisseur potentiel capable d'empêcher la liquidation immédiate de la société. Le groupe, fondé par l'entrepreneur franco-polonais Artur Dela et basé au Luxembourg, a préféré laisser la décision finale au tribunal, invoquant les arguments déjà présentés au cours de la procédure.

Le 7 janvier, l'offre d'Eneris semblait encore très intéressante. Elle prévoyait un financement immédiat de 5,5 millions d'euros, comprenant le prix d'achat et les fonds propres initiaux, un budget de 21 millions d'euros pour 2026 et le maintien de 107 emplois, soit environ 65 % des effectifs de Naarea. Le retrait de dernière minute de l'accord a renforcé les craintes selon lesquelles l'entreprise n'avait pratiquement plus aucun autre scénario de sauvetage.

Fondée en 2020, Naarea a rapidement attiré environ 90 millions d'euros d'investissements, dont 10 millions d'euros de fonds publics dans le cadre du plan France 2030. Le projet de l'entreprise visait à développer un mini-réacteur à neutrons rapides et à sels fondus capable de produire non seulement de l'électricité, mais aussi de la chaleur décarbonée pour l'industrie à partir de combustible uranium usé. Cela a fait de Naarea l'une des initiatives les plus avancées sur le plan technologique dans l'écosystème nucléaire français.

Cependant, la situation de cette entreprise illustre un problème plus large. Malgré l'intérêt stratégique que suscitent les petits réacteurs modulaires avancés, l'industrie européenne se développe lentement. Les principales raisons en sont le manque de financement à long terme et l'incertitude de la part de l'État. Naarea, comme d'autres entreprises nucléaires innovantes en France, a répété à plusieurs reprises la nécessité d'un « signal clair de la part de l'État » qui pourrait stabiliser sa situation financière et convaincre les investisseurs privés.

Au moment où la procédure de redressement judiciaire a été engagée, l'entreprise était confrontée à un grave manque de liquidités et à des dettes d'environ 15 millions d'euros. Le refus d'Eneris met en évidence la fragilité de l'ensemble de la chaîne de soutien aux start-ups nucléaires : même avec la technologie adéquate et l'intérêt du gouvernement, l'absence de financement durable les rend vulnérables. La décision de justice, attendue prochainement, pourrait désormais marquer la fin de l'un des projets nucléaires les plus ambitieux de ces dernières années en France.

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16.01.26

Les sources des photos utilisées: Getty Images

Auteurs: Alex Mort