Le cadmium français est-il dangereux ?

Roman Synkevych, Unsplash
Fin mars, l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES) a publié une alerte urgente indiquant que près de la moitié de la population française est exposée à des niveaux excessifs de cadmium. Ce métal lourd toxique est officiellement classé comme substance cancérigène et mutagène, présentant un risque grave pour le système reproducteur. Le cadmium s'accumule dans l'organisme humain au fil des années, principalement dans les reins et le tissu osseux, et est éliminé très lentement. Une exposition à long terme à cet élément est directement liée au développement d'une insuffisance rénale et de l'ostéoporose, ainsi qu'à un risque accru de divers cancers.
Bien que le cadmium soit présent dans le sol, l'eau et l'air en tant qu'élément naturel, sa concentration a considérablement augmenté en raison de l'activité industrielle et de l'agriculture intensive. Les engrais phosphatés contenant des impuretés métalliques jouent un rôle particulier dans ce processus, car ces impuretés s'accumulent au fil du temps dans les terres arables. La toxine pénètre dans la chaîne alimentaire à partir du sol, où elle est absorbée par des cultures telles que le blé, les pommes de terre, les légumes et les fèves de cacao.
La situation critique observée en France s'explique en grande partie par le fait que le secteur agricole local utilise des engrais phosphatés importés de régions où les teneurs en cadmium sont traditionnellement élevées. De plus, la législation française autorise des doses d'application d'engrais supérieures à celles recommandées par les normes européennes. Parallèlement, l'Autorité vétérinaire luxembourgeoise (ALVA) n'a constaté aucune infraction systématique lors de ses inspections régulières ces dernières années, les autorités nationales respectant scrupuleusement la réglementation de l'Union européenne.
Entre 2009 et 2024, les experts de l’agence ont analysé plus de 1 500 échantillons alimentaires, et ce n’est que dans des cas isolés que des concentrations supérieures aux limites légales ont été constatées. Des concentrations élevées de cadmium ont parfois été détectées dans des aliments pour bébés à base de blé, des champignons shiitake, de la poudre de cacao, des épinards et des algues ; toutefois, tous les lots non conformes ont été immédiatement retirés du circuit de distribution. Les données d’une étude paneuropéenne de 2022 confirment que le Luxembourg est nettement moins exposé à ce risque : des concentrations élevées de cadmium n’ont été constatées que chez 4,6 % de la population adulte du pays, contre 38 % en France.
Afin de réduire au minimum les risques individuels, le ministère luxembourgeois de la Santé recommande aux citoyens, avant tout, d'arrêter complètement de fumer et d'éviter l'exposition à la fumée secondaire, le tabac étant une source majeure de cette substance. Les experts conseillent également d'adopter une alimentation variée et équilibrée, en soulignant qu'il n'est pas nécessaire d'exclure complètement certains aliments spécifiques. Il est conseillé aux propriétaires de potagers privés d'utiliser les engrais minéraux avec modération et de faire analyser leur sol en cas de suspicion de contamination.





